lundi 3 janvier 2011


J'avais appareillé de Brest à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc pour son dernier tour du monde. Casablanca fut la première escale de cette ultime campagne, escale où je débarquais déjà.  De là, j’avais rallié Tanger en train pour traverser la mer, il ne saurait en être autrement,  et accoster dans mon ile Singulière et Bleue : Sète. 
Après un Golfe de Gascogne déchaîné, un Atlantique épuisant, éprouvant les carcasses humaines et la carène de métal gris, l’atterrissage sur Casablanca fut bercé d’une grande houle langoureuse et fainéante, l’accostage baigné d’un soleil Marocain qui me prenait doucement dans ses bras. C’était en décembre 2009.

Casa/Tanger en train, du bonheur à l’état pur.

A Tanger j’embarquais à nouveau et la Méditerranée s’était aplatie comme une galette pour le repos des hommes. Nous sommes le 8 décembre 2009. Je découvrais Tanger de nuit, plage arrière, depuis le pont 8. Le spectacle est d’une poésie à couper le souffle. Comme un premier baiser, je savourais ces instants de découverte, uniques, éphémères. Première fois, premières impressions, force de séduction. Des cubes accumulés en désordre rangé dessinaient la médina. Le vieux Continental qui domine le port imposait le grand rectangle de son architecture au charme désuet. Les logis laissaient échapper la chaleur de leurs petites lumières. Malgré l’heure tardive quelques chalutiers rentraient encore d’une marée facile, fatigués et heureux. Le spectacle était simplement magnifique.

Le remorqueur, port d'attache Casa, m'était déjà familier.

Le ton est donné. Le Biladi c’est le jaune de sa cheminée. Incontournable. Le jour la couleur gorgée de sud s’impose dans le bleu du ciel.  A Sète que l’on arrive de l’Orient ou de l’Occident, la cheminée du Biladi est l’amer le plus remarquable de la ville.  A Tanger, elle crève le ciel humide, lourd et opaque au dessus du port juste avant l’appareillage de nuit.

A bord du car ferry le Biladi il y a eu la rencontre comme un signal fort de l’amitié franco-marocaine. Rencontre avec un équipage et un commandant si fier et si reconnaissant de ses marins de l’ombre.
Ainsi commence l’aventure. Fluide, évidente et claire. Un carnet de voyages qui rend hommage à des marins discrets, un commandant atypique, un carnet qui esquisse un détroit tumultueux à la croisée de l’Océan et de la Mer, un carnet qui dessine quelques étroites ruelles d’une ville portuaire cosmopolite dont je suis tombée amoureuse, un carnet qui trace une belle route maritime sur la Méditerranée, route que la mer recommence capricieuse ou docile, route magnifique entre Tanger et Sète.
Bon vent et bonne mer à bord du car ferry Biladi....à suivre
17 Mai 2011, les rotatives tournent à Barcelone
Nous sommes déjà le 18 mai 2011. Le temps s'est écoulé depuis le premier embarquement à bord du Biladi. Le temps a filé, trop vite. Presque un an et demi de travail, de labeur en Mer et à terre en escale. Dans le calme ou dans la tempête, les rotations se sont succédées, le navire s'est laissé apprivoiser doucement, équipage et coque de métal. Les marins m'ont acceptée à leur bord. Maintenant ils disent que je ne suis pas une passagère comme les autres, que je fais partie de l'équipage. Rien ne me fait plus plaisir! J'arrive de Barcelone où le livre est en ce moment sous presse, imprimé par une belle maison et par la machine la plus performante au monde en matière d'Offset, un alien qui rugit de l'aube au crépuscule et débite les planches à un rythme fou. Voici la couverture du livre.
Photo du bosco sur la plage avant, l'accostage est imminent.

La rose des vents

La rose des vents, incontournable, outil précieux et symbole du marin. Elle indique les vents, les quatre points cardinaux et leurs directions intermédiaires, leurs degrés. Les phéniciens furent les premiers à l'utiliser pour naviguer aux quatres vents, les grecs et ensuite les italiens...Comme le soleil ses rayons, la rose des vents déroule les branches de son étoile. C'est la navigation astronomique.
A chaque embarquement et pour ne pas me perdre, la rose des vents ouvre la route en première page du carnet, sa présence me sécurise.