jeudi 17 janvier 2013

A BORD DU KRUZENSHTERN



Débarquée d'un beau périple qui m'a entraînée de Sète à Marseille en faisant toutefois un petit détour par: Montpellier, Barcelone, Vigo, Santa Cruz de Tenerife, Las Palmas Gran Canaria, Casablanca, sur la Terre, dans les Airs, sur l'Océan et sur la Mer, à bord de: 4 trains dont un luxueux où j'ai dormi par terre bercée par le staccato des rails, 2 avions, petits mais qui m'ont réconciliée avec ce moyen de transport, 2 taxis, 4 navires dont un petit remorqueur portuaire, le plus grand voilier du monde, un yacht qui ne rentre dans aucune case et un petit cargo qui sent bon l'ambiance cargo!  





La première fois que je l’ai vu, c’était le 6 avril 2012 à précisément 7h15. J’étais à bord de la pilotine avec l’ami pilote Jacques. Le 4 mâts barque Kruzenshtern faisait route sur Sète...c’est là que tout a commencé. La suite vous la connaissez...

Aujourd'hui j'ai rendez-vous à Vigo, je dois rallier le grand Kruzenshtern pour un petit périple en Atlantique.





Je veux la Mer.



Faire de l'un des plus beaux voiliers du monde mon atelier flottant. Je suis comblée.
Le cap hornier croise au large du Cap Espiche, nous avons doublé Lisboa à 17h.....





mercredi 16 janvier 2013

SUR LES QUAIS DES TONNERRES

C'était la première fois, et j'aime les premières fois! Tonnerres de Brest! Que c'était bien! Que c'était bon! Riche de rencontres, de vaisseaux, d'équipages, de pirates, de musique... C'était en juillet 2012, quelques artistes avaient été invités pour travailler au coeur de la fête. J'avais exposé des grandes toiles, au Seamen's Club; aux Gens de Mer, mon QG au Quai de la Douane! Mais plus que tout, je savais que j'avais un rendez-vous important.

L'affiche de l'expo avait eu beaucoup de succès!



J'avais croqué à pleines dents les quais des Tonnerres, loin de mon sud natal. Mais Brest me happait, et j'y revenais avec fougue. Oui, je jubilais et savais que j'y ferais des rencontres improbables et belles, évidentes et définitivement maritimes. Mais je savais plus que tout que j'avais rendez-vous avec un majestueux cap-hornier, un 4 mâts barque qui m'avait séduite au delà de ce que j'avais pu imaginer...


La première fois que je l’ai vu, c’était le 6 avril 2012 à précisément 7h15. J’étais à bord de la pilotine avec l’ami pilote Jacques. Le 4 mâts barque Kruzenshtern faisait route sur Sète...c’est là que tout a commencé. Sa silhouette nous été apparue sous un ciel brumeux, il était posé sur l'horizon et c'est quand nous l'avons véritablement approché, et qu'il devenait de plus en plus net,  que le rêve a pris place...Une semaine à bord pour les fêtes d'Escale à Sète, une rencontre déterminante, une amitié silencieuse naissante, comme un hazard de la vie qui nous réunit à nouveau sur les quais des Tonnerres! Que j'aime mon métier.....



Il est sur la première du carnet, sur la couverture, et sur toutes les autres ou presque...



Il est sur les 2ème et 3ème pages du carnet, et sur toutes les autres ou presque...



L'Etoile du Roy et l'Etoile Molène accostées au même quai., au premier bassin. C'est le 13 juillet 2012, il fait froid, je travaille à même le sol calée sur une petite marche contre un mur, c'est parfait. Ils viennent de Saint Malo. C'est le Renard que je veux! Où est-il?? L'ami Surcouf m'a dit qu'il fallait que je vois le Renard...


Thonier mixte à  sa naissance, Etoile Molène est un dundee thonier construit en 1954. Pêche au thon dans le Golfe du Gascogne et chalutage en Irlande. Entiérement restauré, Etoile Molène a couru la Route du Rhum 1994 aux mains de Bob Escoffier. Longueur de coque 23/35m. Largeur 6.50m. Tirant d'eau 3.80m.



Les cadets du Kruzenshtern posent. C'est aujourd'hui déjà, que tout se décide. 
Sac à bord en septembre, j'ai rendez-vous à Vigo!



LE RENARD: ce jour là, je me suis pris une aussière sur la tête, pourtant bien en retrait pour travailler.

Le plus espiègle de la flotte malouine Etoile Marine est armé de 10 canons! Le Renard est la réplique du célèbre cotre de l'intrépide corsaire malouin Surcouf! L'ancêtre de mon ami, NN.Surcouf, malouin aussi,  avec un nom pareil,  et marin.


 Etoile du Roy est un 3 mâts de 47 mètres de long. Navire amiral de la flotte Etoile Marine, Etoile du Roy est une frégate corsaire, réplique du XVIIIème.


Un balai incessant de voiliers, frêles esquifs, petites embarcations, au milieu du bassin. Droit devant, dans l'arrière plan du décor et au premier plan dans la page, le magnifique Sjökurs, express côtier norvégien construit à Hambourg en 1956. Ce vieux « costal express liner » effectuait les liaisons maritimes de passagers et marchandises entre les ports.Il est robuste et peut affronter le climat hostile et glacial de l'Atlantic Nord. Il a été transformé en navire école depuis 2000. Il mesure 82m de long, ses lignes sont très harmonieuses, il est vraiment très beau avec ses coursives extérieures.



Et le Bélem, majestueux Belem qui arrive au point de son accostage devant une foule qui s'est amassée sur le quai pour l'accueillir. On perçoit crescendo et qui s'élève à l'unisson, Un fameux 3 mâts chanté par des voix masculines, aux timbres magnifiques et graves. Le refrain bien connu confère à cet accostage une dimension de rêve. 



Je suis maintenant à bord du fameux 3 mâts, plage avant au calme, pour finir le dessin du grand foc, tandis que le futé Renard glisse devant mes yeux, il rentre au port. J'irai le rejoindre après les servitudes de son accostage.




Le Renard, retour de Mer.


Le Renard au point de son accostage. Quelle allure, toujours prêt à en découdre!


Et puis il y a sur les quais des Tonnerres des rencontres improbables et belles. L'apéro un peu trop tôt pour moi, mais difficile de refuser! Prise dans une belle et sympathique embuscade par une équipée de bon vivants, c'est par Pascal que commencera la série de dédicaces sur peau, sue le bras, puis ici... et ailleurs...!



Ils m'auront embarquée dans leur sillage de bonheur, entre amis et avec la famille, le bilig sur la table, les galettes, le bon vin, l’accordéon dont Pascal joue à merveille. Mais aussi et surtout un moment de convivialité, de générosité, et d'émotion qui a été pour moi, au coeur de ces Tonnerres au rythme de travail un peu fou, un véritable sas de décompression, la cerise sur le bateau! La maman de Renan au centre, est juste la plus belle voix du littoral breton. Chair de poule et yeux humides.


Ils reviennent encore à l'heure des marées
S'asseoir sur le muret, le long de la jetée
Ils regardent encore au delà de Bréhat
Respirant le parfum du vent qui les appelle
Mais il est révolu le temps des Terres Neuvas
La race des marins, chez nous ne s'en va pas
 
Loguivy de la mer, Loguivy de la mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port
S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts
 
Ils ont connu le temps où la voile était reine
Ils parlent des haubans, des focs et des misaines
De tout ce qui à fait le charme de leur vie
Et  qu'ils emporteront avec eux dans l'oubli
Mais s'il s'est révolu le temps des cap-horniers
Il reste encore chez nous d'la graine d'aventurier
 
Loguivy de la mer, Loguivy de la mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port
S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts
 
Je n'ai jamais su dire ce que disent leur yeux
Perdus dans ces visages burinés par le vent
Ces beaux visages d'hommes, ces visages de vieux
Qui savent encore sourire et dire à nos vingt ans
Remettez vos cabans, et rompez les amarres
Allez-y l'avant, mais tenez bon la barre.
 
Loguivy de la mer, Loguivy de la mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la mer, au fond de ton vieux port
S'entassent les carcasses des bateaux déjà morts
 

Chaque jour en milieu d'après-midi les carnettistes ralliaient leur quartier général au quai de la Douane, le Fourneau. Le public venait nombreux à la rencontre des artistes pour des séances de dédicaces ou simplement les regarder fignoler le dessin du jour, échanger. Le Fourneau ne désemplissait pas de 15 à 19h
chaque jour!

Agnés Bellec présidente de l'association Enki a des liens trés forts avec ce lieu attachant. C'est ici qu'elle invite tous les 2 ans les artistes baroudeurs, carnettistes devant l'éternel, pour le grand week-end du festival des carnets de voyages de Brest: Le festival Ici&Ailleurs. http://www.ici-ailleurs.net/

Que seraient les quais des Tonnerres de Brest sans la piraterie? 


ARNAUD de la Compagnie Les Ecumeurs de Rêve
Il est le vrai, le seul, l'unique, le magnifique Long John Silver


Nous nous préparons à une joute verbale truffée d'insultes réglementaires de pirates avec espoir de rallier un public nombreux dans notre équipe!! J'ADOOOORREE!!!


WILFRID WERY 
Il est le vrai, le seul, l'unique, le magnifique Long John Silver
http://www.piratenbrut.de/contact/


Quel trio! Wilfrid et son équipage sont très heureux dans leurs vies de pirates. Nous espérons nous retrouver à Sète pour notre fête maritime Escale à Sète. Prions Neptune!


 Wilfrid est souvent sollicité pour les photos, c'est un très beau pirate!


 Ne sommes-nous pas craquantes?! Oui bon...surtout elle, jeune, jolie, et  pirate!!! Mon rêve!


 L'équipage de Long John Silver est venu partager un verre au Fourneau.  Mes pirates posent fièrement devant le mur de dessins qui se remplira au jour le jour, c'est le début! Le dernier jour, il n'y aura plus assez de place pour tout accrocher!!!


Le grand Horatio Hornblower, regard presque hautin et espiègle, grande classe, signera de sa plume dans mon carnet, un honneur!!


Nous partageons le verre de l'amitié, Horatio est d'une élégance naturelle, obligatoire pour un homme de son rang, tout y est!


Dernière photo avec Wilfrid, le vrai, le seul, l'unique Long John Silver,  avant qu'il ne mette le cap vers d'autres horizons. 


Mais que serait le Fourneau sans mes fidèles amies les timbrées? Christine et Roswitha, artistes talentueuses mondialement connues du monde du mail art, du street art. Elles encadrent notre nouvel ami du jour, le jeune Arthur, sous marinier dans la Royale.

Tout peut arriver sur les quais des tonnerres!! 


Oui je sais, j'ai l'air ridicule, mais j'en crevais d'envie!


Brest, Métropole Océane, le bout du monde...

A Brest au quai de la Douane, précisément quai Malbert,  il y a une silhouette de navire qui ne passe pas inaperçue, familière, imposante, rassurante, quand elle est a poste. 

Elle a changé d'endroit pour la fête mais elle est là:

L'ABEILLE BOURBON


Et dire que j'allais repartir de Brest sans faire un petit tour sur l'Iroise! L'ami Jacques n'est jamais très loin des remorqueurs, portuaires ou de haute mer. C'est grâce à lui que j'ai embarqué à bord du célèbre RIAS: Remorqueur d'Intervention d'Assistance et de Sauvetage.


Aujourd'hui l'Abeille Bourbon est amarrée au bassin N°5
3ème éperon par 48° 22,218'Nord et 4°28,966'West.



Mais aussi et surtout Mes Tonnerres de Brest se sont soldés par la rencontre avec Thierry CHOQUET, commandant de l'Abeille Bourbon certes, mais homme de coeur, généreux, courtois, discret, humble, et curieux. Depuis ce jour, Thierry est un ami, un de ceux dont on a l'impression d'être liés depuis la nuit des temps, tellement c'est simple, sincère, fluide, évident et clair. C'est par ces mots que je définis toujours mes plus belles histoires avec les marins de ma vie. 





En route, et offre moi cet horizon !

J’avais appareillé de Brest à bord du remorqueur de haute mer, l’Abeille Bourbon. Dans le métier on dit un RIAS : Remorqueur d’Intervention d’Assistance et de Sauvetage.
Le commandant Thierry Choquet m’avait invitée. Nous étions au 5ème bassin sur le quai et sous un crachin breton qui fait de Brest sa réputation de  Métropole Océane. Le loup de mer avait parcouru le carnet, l’avait refermé en me regardant : « Ok c’est bon, rendez-vous demain matin à 8h30, le zodiac viendra vous chercher au ponton. En attendant vous pouvez  aller à bord travailler, où vous voulez, même à la machine ! A ce moment précis, mes jambes se dérobent, je savoure. Nous avons échangé à peine 3 mots. J’irai donc peaufiner mon dessin au carré officiers de l’Abeille, pont 5…
La nuit porteuse de rêves avait été courte. Au petit matin, le quai de la Douane s’éveillait lentement et en silence. Chez Fifi au Bistrot des 4 vents, les chaises empilées sur la terrasse, les tabourets retournés sur le comptoir attendaient. Une dame rinçait à grande eau la devanture, pas moyen de prendre le petit déjeuner dans mon bistrot préféré. Quelques âmes pas du tout égarées prenaient un dernier café ici et là,  avant de regagner leur bateau. C’est aujourd’hui, c’est le grand jour, celui de la grande parade, transhumance de l’armada  qui mettra le cap sur Douarnenez. C’est aux Mouettes que je prendrai un grand café et des tartines avant de mettre sac à bord.
J’arrive au ponton avec un pied de pilote, mais à bord à l’heure prévue. Cap sur la passerelle, il doit être là haut. Oui, le commandant Choquet est sur la place, seul, il m’accueille avec deux bises. Comme la veille le courant passe : « Bon, moi c’est Thierry et on se tutoie ! ». Il fait couler du café pour ses invités, moins de dix personnes qui nous rejoindront à leur rythme. Le décor est planté, je suis consciente de mon privilège. Mais aussi et surtout très heureuse de rencontrer cet équipage.
J’entends déjà le chant des sirènes, le bord me happe. C’est viscéral. La Bourbon appareille, la rade de Brest s’estompe vite dans le goulet. J’aperçois malgré moi, mais en vérité non, la  silhouette de la Jeanne qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, stationnaire à l’endroit le plus reculé de la base navale…
Les nuages fuyaient massivement la mer d’Iroise, partaient rouler sur l’Océan et se frotter à la grande houle de l’Atlantique. Je fondais alors tous mes espoirs sur une mince déchirure qui laissait passer le bleu du ciel. Des cathédrales de mâtures, de verticales et d’obliques dessinaient des miracles de beauté sur l’Iroise. Difficile de saisir cette ambiance dans le carnet. L’Abeille donnait le ton, gardait son cap et sa vitesse. Tous  semblaient l’escorter. Quelle prouesse ! Thierry avait l’œil partout, calme, efficace, attentionné avec ses invités. Le grand et mystérieux brise-glace Russe Saint Petersbourg avait appareillé derrière nous, le 4 mâts barque Kruzenshtern, majestueux cap-hornier,  lui avait emboîté le pas. Radio coursive disait même que Joshua croisait discrètement dans le sillage de l’Abeille, aux côtés de Pen Duick, de Tara, du Pourquoi pas ?,  du Bélèm ou de l’Etoile, du Renard et des autres…Frêles esquifs ou géants de la marine à voile, ils étaient environ un millier. Au milieu d’un Tas de Pois, à la pointe de Penhir, les lances à incendie de l’Abeille crachaient des centaines de mètres cube d’eau, très haut  dans le ciel enfin bleu. Le soleil était parfaitement positionné au milieu des deux jets symétriques, comme pour prolonger la ligne de foi du remorqueur. Plage arrière, nous partagions des silences, contemplatifs, les yeux remplis d’étoiles devant un tel spectacle. Les cornes de brume crevaient l’air transparent. Traduire la simple densité de ce bonheur  est impossible.
A 15H, l’Abeille avait mouillé 4 maillons en baie de Douarnenez, au poste 14 par 48° 06,330’ de latitude Nord et 04° 18,319’ de longitude Ouest. Je quittais le bord à regret, en me retournant. Thierry n’avait pas pu me retenir et m’a donné rendez-vous en Novembre à Ouessant. Dans la nuit je mettrai le cap vers mon Sud natal…
Il  y avait eu une fameuse ambiance à Brest sur les quais des Tonnerres. Invitée pour croquer les 20 ans de la fête, j’étais venue chercher aux confins du bonheur un  apaisement après une période de tourmente. Un apaisement, une reconnaissance du travail car je n’étais pas là pour tricoter,  mais aussi et surtout je voulais la mer, ses vaisseaux et ses équipages, loin de l’agitation des quais que les terriens piétinent en quête de rêves d’ailleurs. Moi aussi.
A bord de l’Abeille je contemplais le bord du monde, rêveuse. Je me sentais en sécurité au creux de ses bras protecteurs. L’esprit ailleurs, tu étais le gardien de ma quiétude. Mille mercis commandant. A bientôt à ton bord. 


Nous laissons les Tonnerres dans le sillage de l'Abeille...Que j'aime mon métier!



Retrouvez l'intégralité de ce carnet dans son jus d'origine, avec à la suite des Tonnerres, l'embarquement sur le Kruzenshtern (Route au 205...) et Un cargo pour Marseille.

Si Neptune y consent, je serai présente au Festival des Carnets de Voyages Ici&Ailleurs de Brest en juin 2013 pour dédicacer le carnet:

Mes Tonnerres de Brest 
suivi de
Route au 205 en droiture sur Santa Cruz de Tenerife
et 
Un cargo pour Marseille

lundi 14 janvier 2013

ZEEBRUGGE LA SILENCIEUSE


J’avais appareillé de Zeebrugge à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, fleuron de la Royale, et ambassade flottante de la France à travers le monde. Elle rentrait de six mois de mer, les derniers, et nous mettions le cap sur Brest, son port d’attache, d’où nous étions partis dans le gros temps quelques mois plus tôt. J’avais débarquais à Casablanca, rincée !
Je me souviens de cet embarquement empreint de nostalgie, d’excitation, de l’effervescence dans les carrés, les coursives, effervescence palpable mais contenue. La Jeanne était de retour en Europe. Brest serait son ultime accostage le 19 Mai 2010. Toutes les escales étaient les dernières. Zeebrugge lui disait adieu.
Dernier, ultime, deux adjectifs que nous ne savions pas remplacer. La Jeanne allait expirer, elle était et restera mythique. Maintenant elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, masse figée et coque démâtée, dans le coin le plus reculé de la base navale à Brest.

Mais, la Jeanne et ses hommes sont gravés dans ma chair.


R97. Porte-hélicoptères Jeanne d'Arc


Le Marco Polo a officiellement été livré à CMA CGM le 5 novembre 2012, précisément le jour de mon anniversaire. Quel beau cadeau ! C’est la naissance du Marco Polo, sa première rotation. C’est le voyage inaugural, toutes les escales sont les premières, il commence sa vie de navire de commerce et je suis à son bord. Je me souviens de cette première escale à Zeebrugge, escale empreinte d’excitation, d’effervescence dans tout le bord, effervescence palpable mais contenue. La première dans le port Belge et pas la moindre, puisque c’est ici que le grand Marco Polo allait être baptisé ! 






Il est 8h10 sur Zeebrugge et à bord du Marco Polo. Nous sommes le lundi 17 décembre 2012. Petit déjeuner à la hâte et une fenêtre météo très courte. Neptune me laisse trente minutes pour sortir sur le pont et shooter à l’approche du terminal belge. La luminosité témoigne que le jour est en train de poindre, les feux des navires et ceux du port illuminent ce sas, cette faille temporelle, éphémère, singulière et belle,  à mi-chemin entre le jour et la nuit. Il pleut à nouveau, de retour en cabine au pont G, j’entends distinctement les balais des essuie-glaces lécher les vitres de la passerelle juste au dessus, pour rompre le silence de cet accostage long comme un jour sans fin. Le Marco Polo évite lentement, il a peu de place, à 8h40 il commence à culer et s’approcher de son poste d’accostage.
Plus tard, Kruno m’invite à prendre un café au ship office,  11h10 le temps s’étire, moi aussi, les remorqueurs de Zeebrugge s’ennuient ce matin, le port est calme. Au travers du sabord, un portique indolent bouge, un peu. L’effet d’optique  laisse imaginer que c’est notre navire qui se déplace.




  Le système d'arrimage des containers est simple, efficace. Ils sont solidaires entre eux.
Arrimer: répartir et fixer un chargement dans la cale d'un navire, d'un avion.



Une allée aux couleurs de CMA CGM dans le parc à containers de Zeebrugge



Aujourd'hui Aurélie et Marc partagent ma table, ils débarqueront dans 2 jours au Havre. Deux petits jours pour découvrir le navire, toucher un peu du doigt ce qu'est la marine marchande, la vie du bord, ses exigences, le rythme de la vie embarquée, les dangers du bord, les règles et consignes de sécurité à bord et dans le port etc... Aurélie parait plus timide et effacée que Marc, à l’humour ravageur. Elle est bloggeuse, photographe, grande voyageuse.   Voici son blog: http://www.madame-oreille.com/blog/


Débarquement des déchets sous la vigilance et les gestes précis du marin qui coordonne l'opération.

BAPTÊME DU MARCO POLO

Demain c’est le grand jour, on baptise le grand Marco Polo. Demain 140 personnes seront à bord, dont les armateurs, Naila et Jacques Saade et leur fille Tannya. Il va y avoir du mouvement. 23h, le port de Zeebrugge est au ralenti. Le Marco Polo est accosté bâbord à quai au Container Handling Terminal par 51° 20,009’ Nord et 3°11,634’  Est. La nuit sera courte.



Et la nuit a été courte, dés six heures du matin, la coursive du pont G sous la passerelle est envahie de flight cases, de chariots, de caisses, de techniciens de l’audiovisuel, du personnel du catering. Ils vont et viennent, montent, descendent, parlent fort, installent moquettes rouge sur les ailerons protégés par des bâches, laissent ramper des guirlandes sur tout ce qui est horizontal, dispersent des étoiles, du blanc, du rouge, de la fausse neige, des boules dorées, des paillettes, des câbles au sol soigneusement recouverts de gaffer, tout le monde s’active. La passerelle est devenue le théâtre d'un évènement crucial dans la vie du navire: son baptême. C'est au carré au petit déjeuner que je retrouverai avec plaisir le Jean-Philippe Thenoz, Vice Président Directeur des lignes Nord Amérique, et plus tard, Ludovic Gérard Vice Président Directeur Général Adjoint, Nicolas Sartini Vice  Président Directeur Central Exécutif des lignes Asie/Europe, et tous les autres. 

 « Vivi, donnez moi votre carnet, changez-vous, je vous attends ! » me dit Ludovic étonné de me voir en retrait. J’ai adoré ce moment. Mon travail allait enfin être vu et surtout regardé, j’allais présenter les prémices du premier livre sur le Marco Polo, et c'est grâce à Ludovic Gérard et Jean-Philippe Thénoz. 




En compagnie de madame Naila SAADE et l'ami Jean-Philippe Thénoz. Jean-Philippe est passionné de peinture, Naila Saadé, épouse de Jacques Saadé, peint depuis de nombreuses années. Discuter "barbouille" et techniques avec elle a été un moment rare et simple comme je les aime. Naila Saadé est la marraine du Marco Polo et elle est également Présidente de la Fondation d'Entreprise CMA CGM, et oeuvre en faveur des enfants. Je suis vraiment très heureuse d'avoir pu montrer les prémices du travail, c'était incontournable!