mercredi 9 janvier 2013

HAMBOURG MON AMOUR


Escale 1
accostage le  mercredi 12 décembre 2012



Le Marco Polo a accosté au terminal Burchardkai à Hambourg à 4h46 dans la nuit, au poste 4/5. Les pilotes  ont très peu dormi, la remontée de l'Elbe est interminable. Appuyée à l'un des trois sabords de la luxueuse cabine où j'ai élu domicile,  j'ai vu ses feux dans l'obscurité, dans une brume épaisse, opaque, dans laquelle le navire s'enfonçait toujours un peu plus. Et au petit matin...





Au petit matin à 7h15 au HHLA Container Terminal Burchardkai à Hambourg. 53° 31,8892’ Nord, 9° 54,9682’ Est. il fait encore sombre, la luminosité est celle du port, jaune.  La fine couche de neige couvre et unifie la cargaison de conteneurs, il faut marcher avec prudence sur les ailerons, dans les parcs  entre les allées, le même tapis blanc encore vierge sera bientôt labouré par les cavaliers. 





Vukusic Krunoslav (chief officer), captain Igor Sikic et captain Velibor Krpan


Plus tard au carré il faut prendre des forces, des œufs brouillés, obligatoires à bord le matin. A ma place, à ma table, à moins d'un mètre de la table Etat Major, j'en profite pour shooter les deux commandants et le chief officer. Kruno m'avait accueillie à la coupée à mon arrivée et ensuite c'est captain Igor Sikic  qui avait procédé aux formalités d'embarquement, Velibor Krpan était occupé ailleurs. 






Au loin, dans l’arrière plan du tableau, le tablier du pont Köhlbrandbrücke (l’écrire oui, mais le lire!) est à peine esquissé, et l’on perçoit la circulation déjà dense, détail de la vie urbaine qui démarre, ou qui continue, dans la cité portuaire d' Hambourg, environ deux millions d’habitants.








Un manteau blanc comme un voile de douceur fin et délicat  recouvrait le port d'Hambourg, 
rugueux et industriel. 
Emerveillée par ce contraste saisissant qui au petit matin a donné des images à couper le souffle, 
je vous souhaite à toutes et tous, dans ce monde imparfait mais beau, d'aller au hasard 
 sous  une pluie d'étoiles dispersées par les fées.
Que les petites lumières de la nuit viennent éclairer et réchauffer vos cœurs et vos âmes,
 dans l'amour et le partage, la bonté et le respect.



L’eau du bassin est rose orangée et laisse les reflets des portiques couler à la verticale dans les profondeurs glacées. 



Le déchargement a commencé à 7h25, les cinq portiques s'impatientaient au dessus du Marco Polo. Le rythme de cette manutention endiablée est d'environ 40 containers à l'heure par portique, chiffre que vient de me donner "à la louche" captain Krpan. 




Les portiques s’activent, vont et viennent, les câbles s’étirent à l’horizontale, s’articulent et se replient comme une guirlande suspendue. C’est deux par deux à présent que la machine vorace soulève les boîtes, les abaisse, les soulève à nouveau, les positionne, et les ajuste, précisément là, où elles doivent se loger. 



Je distingue parfaitement le grutier, il porte une veste aux bandes fluorescentes. Le plancher de sa cabine est transparent, vue imprenable sur la pontée et les cales, il courbe l'échine à chaque opération, précis, professionnel. Quel métier difficile, un métier qui requiert une précision d’horloger. Ce manège me captive, m'hypnotise, c'est passionnant.



DANIKEL ZECEVIC 2nd Officer

Danijel ZECEVIC le second officier, essaie de répondre à ma question : nous avons déduit, surtout lui,  que compte tenu des mensurations du Marco Polo, le grutier travaille environ à 65 mètres au dessus du sol. Selon les chiffres de Danijel, un portique travaillerait 32 à 35 containers à l’heure. Selon ces paramètres, les cinq portiques sur le Marco Polo opèrent alors environ 175 containers à l’heure. Alors, compte tenu que les portiques travaillent à partir de 7h30, que nous avons eu deux jours d’escale, compte tenu des 7728 boîtes à bord depuis Southampton, compte tenu des temps de repos des grutiers combien de………….non ! Stop…j’en suis incapable. En tout cas pas ce soir !



J'AI RENDEZ-VOUS AVEC JULIANE ET JEAN-GAB





Il est 17h, la nuit est tombée comme un rideau de douceur sur Hambourg et sur le Marco Polo. 


19h,  il faut descendre les 80 marches de la coupée, embarquer dans le Shuttle Bus, j’ai rendez-vous à l’entrée du terminal avec Juliane et Jean-Gab, mes deux jeunes amis. Une étreinte chaleureuse marque la joie non dissimulée de nos retrouvailles. Il est  marin,  avec du bon sang breton, jeune capitaine au long cours, Jean-Gab est maintenant ingénieur et construit des frégates allemandes. Elle, une beauté avec une tête tout aussi bien faite! La piquante Juliane gère les croisières pour un célèbre armateur étranger. Hambourg by night  en leur compagnie,  je ne pouvais pas rêver mieux! Berlin n'a qu'à bien se tenir!





Le Marco Polo vu de la route, c'est bientôt Noël! Ils sont nombreux ce soir, les shiplovers, à piétiner le sol devant leur trépied, alignés pour des prises de vues à la sauvage, ils sont courageux, il fait si froid. Envie irrésistible de shooter le Marco Polo, sans mon trépied je cale l'appareil là où je peux, comme je peux, et voilà, dans la boite,  à son poste d'accostage à Hambourg. 




C'est une chance de pouvoir shooter le terminal vu de loin.



En ville, des ponts, toujours des ponts, tous plus beaux les uns que les autres, mes jeunes amis, savants et cultivés se délectent de voir qu'à ce moment précis, je suis en train de tomer amoureuse d'Hambourg. Sur le quai Landungsbaücken (l’écrire oui, mais le dire !), un magnifique cargo des années 60/62, le Cap San Diego, un nom qui fait rêver, et des lignes comme on les aime avec les mâts de charge, les coursives extérieures, il est magnifique! Des passionnés l'entretiennent, il navigue encore.




Plus loin un voilier qui ne bouge plus, le Rick Mer Rick Mers, devant lequel nous posons pour les  Académiciens Marine Marchande de notre immense EJ, et pour la postérité! En arrière plan, le terrain de jeux de Jean-Gab: les docks et la construction navale. 




Les tapas chez le Portuguais étaient relevées, histoire de faire circuler le sang, le baromètre affiche moins un dehors. Mes jeunes amis me raccompagnent au port, et le Shuttle Bus à la coupée du Marco Polo, au terminal HHLA, Burchardkai. 23h30 le bord me happe, 3 portiques commencent à ronronner à l'avant, le chargement suit son cours. Ainsi va le port, ainsi va le bord!


Je garderai un souvenir tenace de cette simple et merveilleuse soirée, soldée par une nuit trop courte. Mes jeunes amis Juliane et Jean-Gab sont lumineux comme au premier jour. Je les aime profondément.