lundi 14 janvier 2013

ZEEBRUGGE LA SILENCIEUSE


J’avais appareillé de Zeebrugge à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, fleuron de la Royale, et ambassade flottante de la France à travers le monde. Elle rentrait de six mois de mer, les derniers, et nous mettions le cap sur Brest, son port d’attache, d’où nous étions partis dans le gros temps quelques mois plus tôt. J’avais débarquais à Casablanca, rincée !
Je me souviens de cet embarquement empreint de nostalgie, d’excitation, de l’effervescence dans les carrés, les coursives, effervescence palpable mais contenue. La Jeanne était de retour en Europe. Brest serait son ultime accostage le 19 Mai 2010. Toutes les escales étaient les dernières. Zeebrugge lui disait adieu.
Dernier, ultime, deux adjectifs que nous ne savions pas remplacer. La Jeanne allait expirer, elle était et restera mythique. Maintenant elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, masse figée et coque démâtée, dans le coin le plus reculé de la base navale à Brest.

Mais, la Jeanne et ses hommes sont gravés dans ma chair.


R97. Porte-hélicoptères Jeanne d'Arc


Le Marco Polo a officiellement été livré à CMA CGM le 5 novembre 2012, précisément le jour de mon anniversaire. Quel beau cadeau ! C’est la naissance du Marco Polo, sa première rotation. C’est le voyage inaugural, toutes les escales sont les premières, il commence sa vie de navire de commerce et je suis à son bord. Je me souviens de cette première escale à Zeebrugge, escale empreinte d’excitation, d’effervescence dans tout le bord, effervescence palpable mais contenue. La première dans le port Belge et pas la moindre, puisque c’est ici que le grand Marco Polo allait être baptisé ! 






Il est 8h10 sur Zeebrugge et à bord du Marco Polo. Nous sommes le lundi 17 décembre 2012. Petit déjeuner à la hâte et une fenêtre météo très courte. Neptune me laisse trente minutes pour sortir sur le pont et shooter à l’approche du terminal belge. La luminosité témoigne que le jour est en train de poindre, les feux des navires et ceux du port illuminent ce sas, cette faille temporelle, éphémère, singulière et belle,  à mi-chemin entre le jour et la nuit. Il pleut à nouveau, de retour en cabine au pont G, j’entends distinctement les balais des essuie-glaces lécher les vitres de la passerelle juste au dessus, pour rompre le silence de cet accostage long comme un jour sans fin. Le Marco Polo évite lentement, il a peu de place, à 8h40 il commence à culer et s’approcher de son poste d’accostage.
Plus tard, Kruno m’invite à prendre un café au ship office,  11h10 le temps s’étire, moi aussi, les remorqueurs de Zeebrugge s’ennuient ce matin, le port est calme. Au travers du sabord, un portique indolent bouge, un peu. L’effet d’optique  laisse imaginer que c’est notre navire qui se déplace.




  Le système d'arrimage des containers est simple, efficace. Ils sont solidaires entre eux.
Arrimer: répartir et fixer un chargement dans la cale d'un navire, d'un avion.



Une allée aux couleurs de CMA CGM dans le parc à containers de Zeebrugge



Aujourd'hui Aurélie et Marc partagent ma table, ils débarqueront dans 2 jours au Havre. Deux petits jours pour découvrir le navire, toucher un peu du doigt ce qu'est la marine marchande, la vie du bord, ses exigences, le rythme de la vie embarquée, les dangers du bord, les règles et consignes de sécurité à bord et dans le port etc... Aurélie parait plus timide et effacée que Marc, à l’humour ravageur. Elle est bloggeuse, photographe, grande voyageuse.   Voici son blog: http://www.madame-oreille.com/blog/


Débarquement des déchets sous la vigilance et les gestes précis du marin qui coordonne l'opération.

BAPTÊME DU MARCO POLO

Demain c’est le grand jour, on baptise le grand Marco Polo. Demain 140 personnes seront à bord, dont les armateurs, Naila et Jacques Saade et leur fille Tannya. Il va y avoir du mouvement. 23h, le port de Zeebrugge est au ralenti. Le Marco Polo est accosté bâbord à quai au Container Handling Terminal par 51° 20,009’ Nord et 3°11,634’  Est. La nuit sera courte.



Et la nuit a été courte, dés six heures du matin, la coursive du pont G sous la passerelle est envahie de flight cases, de chariots, de caisses, de techniciens de l’audiovisuel, du personnel du catering. Ils vont et viennent, montent, descendent, parlent fort, installent moquettes rouge sur les ailerons protégés par des bâches, laissent ramper des guirlandes sur tout ce qui est horizontal, dispersent des étoiles, du blanc, du rouge, de la fausse neige, des boules dorées, des paillettes, des câbles au sol soigneusement recouverts de gaffer, tout le monde s’active. La passerelle est devenue le théâtre d'un évènement crucial dans la vie du navire: son baptême. C'est au carré au petit déjeuner que je retrouverai avec plaisir le Jean-Philippe Thenoz, Vice Président Directeur des lignes Nord Amérique, et plus tard, Ludovic Gérard Vice Président Directeur Général Adjoint, Nicolas Sartini Vice  Président Directeur Central Exécutif des lignes Asie/Europe, et tous les autres. 

 « Vivi, donnez moi votre carnet, changez-vous, je vous attends ! » me dit Ludovic étonné de me voir en retrait. J’ai adoré ce moment. Mon travail allait enfin être vu et surtout regardé, j’allais présenter les prémices du premier livre sur le Marco Polo, et c'est grâce à Ludovic Gérard et Jean-Philippe Thénoz. 




En compagnie de madame Naila SAADE et l'ami Jean-Philippe Thénoz. Jean-Philippe est passionné de peinture, Naila Saadé, épouse de Jacques Saadé, peint depuis de nombreuses années. Discuter "barbouille" et techniques avec elle a été un moment rare et simple comme je les aime. Naila Saadé est la marraine du Marco Polo et elle est également Présidente de la Fondation d'Entreprise CMA CGM, et oeuvre en faveur des enfants. Je suis vraiment très heureuse d'avoir pu montrer les prémices du travail, c'était incontournable!